Saddam Hussein
Saddam Hussein Abd al-Majid al-Tikriti (en langue arabe, صدام حسين عبد المجيد التكريتي) (né le 28 avril 1937) est un militaire et homme d'État irakien de 1979 à 2003 et premier ministre de 1979 à 1991 et de 1994 à 2003. Il a été renversé lors de l'invasion de l'Irak en 2003, par les États-Unis, le Royaume-Uni et quelques autres pays.
Son règne à la tête du pays a été extrêmement violent, de nombreux gouvernements et Organisations non gouvernementales (ONG) l'accusent de crimes de guerre, meurtres, crimes contre l'humanité et de génocide envers les kurdes.
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Sa jeunesse
On ne sait que peu de choses sur les premières années de sa vie. Il serait né le 28 avril 1937 dans une famille très pauvre de paysans sans terre du village d'al-Auja, non loin de Tikrit. Selon ses biographies officielles, son père, Saddam Hussein al-Majid serait mort, peu avant ou peu après sa naissance, mais selon d'autres biographies non officielles, il aurait en fait abandonné femme et enfants.
De fait, le petit Saddam est élevé par le nouvel époux de sa mère, un homme brutal et illettré, qui le traite rudement. A l'âge de 8 ans, il fuit le domicile familial, il est recueilli à Bagdad par un oncle maternel, Khairallah Tulfah, ancien officier devenu maître d'école, et qui a une très importante influence en Irak et sur le jeune adolescent, puis sur le jeune homme. Il lui apprend le maniement des armes, l'instruit sur l'histoire de l'Irak, Nabuchodonosor pour l'histoire antique et Saladin pour l'histoire médiévale.
Il donne sa fille en mariage à Saddam. Il rentre ainsi de plein pied dans la tribu des Albou Nasser. En 1981, son oncle lui écrivait encore de ne pas oublier « Trois choses que Dieu n'aurait pas du créer, les Perses, les Juifs et les mouches. »
Après la fin de ses études secondaires, le jeune Saddam rejoint une cellule clandestine du parti Baas (le parti socialiste de la Renaissance arabe), Ce parti, fondé par un syrien chrétien, Michel Aflaq et par un musulman Salah Al Din Bitar, affilié à la IIe internationale socialiste, prônait en fait un arabisme laïc mélangé de références socialistes.
Membre du parti Baas, il participe en 1956 à un coup d'État avorté contre le roi d'Irak, soutenu et imposé par la Grande-Bretagne. En 1958, un autre groupe sous la direction du général Kassem, un officier nationaliste très à gauche, parvient à détrôner le roi.
Le 7 octobre 1959, il fait partie d'un groupe qui tente de tuer le général Kassem, mais ils échouent, et Saddam est blessé lors de cette opération où il n'a eu finalement qu'un rôle subalterne d'homme de main. Plus tard ses services de propagande ont tenté d'embellir son action, jusqu'à en faire le personnage central de ce complot manqué et le héros d'une nouvelle « geste ».
Avec l'aide des réseaux syriens, il réussit à se réfugier en Égypte, et il est condamné par contumace à mort par le gouvernement irakien. En 1962 il vient au Caire, Saddam entame des études de droit.
Après la révolution irakienne du 8 février 1963, lors de laquelle le général Kassem est renversé par des groupes baasistes commandés par le général Aref, Saddam Hussein revint en Irak, mais il fut emprisonné par le nouveau gouvernement en 1964, jusqu'à son évasion en 1967.
Sa montée vers le pouvoir
Écarté du pouvoir, pour un temps, son groupe finit par y revenir en force, le 17 juillet 1968, et prend le contrôle du parti Baas, pour en faire le parti le plus puissant et le mieux structuré de la région. Au sein de celui-ci, Saddam prend la tête des services de sécurité, à l'âge de 31 ans. Il doit ce poste important à son oncle par alliance, le général Ahmad Hasan al-Bakr, dirigeant baasiste historique et nouveau président du pays.
Épaulé par son groupe, sa « tribu », constituée de sa famille proche, de ses nombreux cousins et alliés, et des natifs de sa ville de Tikrit, Saddam Hussein, peu à peu, « élimine » ses rivaux, et réussit à contrôler Bagdad, la capitale. Cependant pour contrôler le pays, il a besoin d'un parti à sa dévotion, et prend modèle sur le Parti communiste de l'Union soviétique, avec laquelle l'Irak signe en 1972, un traité d'amitié.
Le Parti Baas, devient rapidement omniprésent, omnipotent, et un passage obligé pour toutes les affaires et pour accéder au pouvoir. En quelques années, ce parti devient un instrument entièrement au service de Saddam Hussein, qui concentre tous les pouvoirs entre ses mains, passant d'un pouvoir collégial, au début, à un despotisme absolu, même s'il a conservé pour la forme, le Conseil de commandement de la révolution, censé détenir le pouvoir (Ezzat Ibrahim Al-Duri en est le vice-président).
Un diplomate avait dit du système politique irakien, qu'il fonctionnait comme un palmier, arbre qui est d'ailleurs le symbole de l'Irak : « Il demeure toujours vert si on coupe ses branches les plus basses ».
Le 1er juin 1972 il commence une vaste nationalisation des compagnies pétrolières monopolistes qui se trouvaient jusque là entre des mains étrangères. L'Irak connaitra alors un développement industriel et social sans précédent. Saddam Hussein s'est efforcé de moderniser l'économie et l'industrie. En 1973 il devient général, et en 1979, à 42 ans, se sentant assez puissant, il remplace à la présidence de l'Irak Ahmad Hasan al-Bakr suite à son renoncement précipité, officiellement pour « raison de santé ».
La dictature
Les caractéristiques de la dictature irakienne
Durant les 35 années de son pouvoir, Saddam Hussein utilise tous les moyens pour contrôler la population et régner sans partage. Comme dans les dictatures nazie et soviétique, la propagande est omniprésente à travers les différents médias et les affiches représentant le portrait du rais. La presse est censurée et la peur d'être arrêté et exécuté paralyse les opposants. Le dictateur commanda un film au réalisateur égyptien Tawfiq Saleh intitulé Les Longs Jours : on y découvre un Saddam Hussein héroïque, qui tente d'assassiner le président Abdel Kerim Kassem, en 1959.
Le recours à la force et l'usage de la violence ne relevaient que marginalement de l'État. Certes, l'armée jouait un rôle en matière de répression interne et la police, sous tutelle du ministère de l'Intérieur, était théoriquement chargée de la lutte contre les délits et les crimes en milieu urbain. L'appareil judiciaire prononçait certaines peines, et le ministère du Travail et des Affaires sociales gérait une partie du système pénitentiaire. Cela dit, de nombreux autres acteurs, indépendants de l'État, intervenaient en parallèle. Le parti Baas, très actif en ville, assurait l'essentiel des fonctions de police en milieu rural, en collaboration avec les tribus. Les Fedayin de Saddam faisaient office de police de choc spécialisée dans les opérations musclées. Partisans et Fedayin disposaient de leurs propres cellules de détention. D'autres formations paramilitaires, comme la Garde républicaine et les forces d'intervention d'urgence, servaient d'instrument de répression au côté de l'armée ou bien à sa place.
Ces organes n'offraient pas au régime une maîtrise totale, totalitaire pour reprendre un terme utilisé à tort et à travers, de la force. Consacré prioritairement à la défense de ses intérêts particuliers, le régime tendait à déléguer certaines de ses prérogatives. Les tribus puissantes localisées le long des frontières recevaient des armes, en particulier des pick-up équipés de mitrailleuses lourdes, des fusils-mitrailleurs de modèles plus récents que l'armée, etc., au nom d'une mission, en principe régalienne, de contrôle du territoire. Pour ce faire, elles opéraient en coordination avec le Parti et le Renseignement, rendaient des comptes directement à la Présidence et n'avaient aucun rapport, à cet égard, avec l'État.
Autre délégation de compétence, la justice tribale a largement supplanté la justice civile, corrompue et sinistrée. Du meurtre à l'accident de voiture, en passant par le divorce, un nombre croissant de litiges débouchaient sur des procédures tribales de règlement. Les assassins condamnés à mort par la justice civile voyaient même leur peine commuée en prison à vie pour peu qu'ils versent aux plaignants le " fasl ", c'est-à-dire les " dommages et intérêts " prévus par le droit tribal. Le régime a été jusqu'à autoriser chacun à faire sa loi, dans le cas dit des " crimes d'honneur " commis impunément par les parents masculins d'une femme considérée coupable de mauvaises moeurs.
Prompt à écraser certaines conduites subversives, le régime savait aussi faire preuve d'une grande mansuétude quand il lui semblait que cela était à son avantage. Des tribus ont pu piller des dépôts d'armes, attaquer des locaux de l'appareil d'État ou éliminer des fonctionnaires, tels que les représentants honnis du ministère de l'Irrigation, sans encourir de sanctions majeures. Exemple plus parlant, les tribus du gouvernorat d'al-Anbar ont longtemps racketté les voyageurs sur la route entre Amman et Bagdad, unique voie d'accès à l'Irak jusqu'à la fin des années 1990, avant que le régime ne se décide à mettre un terme à ce banditisme. Saddam Hussein dépêcha un émissaire éminent auprès des cheikhs de la région rassemblés en congrès. L'émissaire leur rappela simplement leur noble devoir de maintien de l'ordre... La force restait ici à l'état de menace tacite, bien comprise des chefs de tribus. À ceux-ci, le régime, conscient de la vexation qu'il commettrait en les accusant ouvertement des vols et en exigeant leur sujétion, ménageait adroitement une porte de sortie honorable.
La politique en Irak ne se réduisait donc pas à l'exercice permanent de la violence. En encourageant la renaissance des tribus et les phénomènes de communautarisation en général, le régime s'est placé au centre d'un jeu dont il possédait seul la capacité d'arbitrage. Unique garantie d'un quelconque intérêt général, il s'est investi d'un rôle modérateur des tensions qu'il a lui-même attisées... Il tirait d'ailleurs l'essentiel de sa légitimité, y compris auprès de ses détracteurs, de cette qualité minimale de rempart contre le chaos.
La Prison d'Abu Ghraib est symbolique de l'arbitraire du régime. Les témoins rapportent que les cellules étaient réduites à 4 mètres sur 6. Elles n'étaient pas dotées de l'eau courante et de toilettes. Les prisonniers, en grande partie des chiites, s'entassaient à plusieurs dans ces pièces sans confort. Certains furent exécutés pour "activités religieuses".
Saddam Hussein a échappé à plusieurs tentatives d'attentat ou de renversement par la force.
Modernisation de l'Irak
Dans le même temps, d'énormes progrès au niveau social auront été accomplis sous sa présidence. L'Irak s'industrialise rapidement et devient l'un des pays arabes où le niveau de vie est le plus élevé, avec comme résultat l’émergence d’une véritable classe moyenne.
Saddam lance la « Campagne nationale pour l'éradication de l'illettrisme » un plan ambitieux visant à lutter l'analphabétisme. L'école devient gratuite, obligatoire et séculière pour les garçons et les filles. L'Unicef reconnaît que l'Irak a pratiquement éradiqué l'illettrisme et aura poussé la scolarisation des irakiens à un niveau encore inédit au Moyen-Orient. En 1982, l'Unesco remet un trophée à l'Irak pour l'effort d'alphabétisation dont avait fait preuve le gouvernement à l'égard des filles. Par ailleurs, une élite intellectuelle et scientifique voit rapidement le jour.
Les frais d'hospitalisation sont dorénavant pris en charge par l'État et des subventions sont accordées aux fermiers. Le système de santé irakien devient l'un des plus modernes et efficace de tout le monde arabe; les services publics ne sont pas en restes, car le recrutement se fait dorénavant sur le mérite.
L'Irak dépendant grandement du pétrole, Saddam tenta de diversifier l'économie en menant un plan d'industrialisation. L'Irak devient donc le premier État arabe à avoir utilisé sa rente pétrolière pour procéder à son industrialisation. Il entreprend la construction de routes, de grands axes autoroutiers et des bâtiments ainsi que le développement d'industrie. Il lance une révolution énergétique, amenant l'électrification de presque toutes les villes d'Irak (même les villes se situant dans les campagnes ou difficile d'accès).
Avant les années 1970, l'Irak était un pays largement rural; suite aux différentes réformes, l'urbanisation s'étend. Saddam redistribue les terres aux paysans, qui étaient auparavant dans les mains d'une minorité de personnes. Il lance une réforme agraire devant permettre aux fermiers de maximiser le profit de leur exploitation. L'agriculture est donc mécanisée, et les paysans ne sachant pas utiliser les nouvelles machines sont formés par le gouvernement. Cette réforme avait également comme but de mettre fin au féodalisme.
Il lance également une véritable politique culturelle, il réhabilite et entretient les anciens palais datant de l'Empire Abbasside, l'ancienne cité de Babylone, les palais de Nabuchodonosor, la triple enceinte ainsi que la porte d'Ishtar à Babylone. Il fonde plusieurs musées à Baghdad en vue de rassembler et de conserver le patrimoine historique irakien.
En 1980, l'Irak était le seul pays arabe en passe d'atteindre l'autosuffisance alimentaire.
Son rêve d'un nouvel empire babylonien
Saddam Hussein avait comme rêve de restaurer le vieil empire babylonien, la grandeur de l'antique Mésopotamie et le rayonnement de l'empire abbasside. Il revendiquait un destin prestigieux pour l'Irak, voulant faire de son pays un État fort, première puissance militaire et technologique de la grande « nation arabe », au besoin par le fer et par le feu. Il lui aura manqué une juste appréciation du rapport des forces diplomatiques. Il se réclamait d'ailleurs une descendance directe avec Saladin.
Non-intervention internationale
Sous la direction de Saddam Hussein, l'Irak devient une puissance régionale, en partie grâce aux revenus du pétrole et au soutien à la fois des pays occidentaux et du Bloc de l'Est, mais bénéficiera également du support idéologique des partis socialistes affiliés à la IIe internationale, qui voient dans le parti Baas l'un des porte-paroles d'une prise de conscience socialiste dans les pays du tiers monde, voulant se réapproprier leurs ressources énergétiques dans une démarche « progressiste » et « anti-colonialiste ».
Après la révolution islamique d'Iran qui isole diplomatiquement ce pays, l'Irak est perçu par l'Occident comme une force stabilisatrice pour la région, un barrage territorial et humain qui peut et sera utilisé pour barrer la route aux islamistes vers les richesses de la « corne arabique ».
L'Irak bénéficie alors d'un large soutien international et des pays comme la France et les États-Unis (qui espéraient affaiblir le régime islamiste iranien et ainsi favoriser sa chute) lui fournissent en grande quantité armes et technologies, l'URSS restant toutefois le premier fournisseur d'armement. Le Raïs, qui se prend pour le nouveau Saladin — étant également né à Tikrit — et rêve de prendre la tête du monde arabe par la conquête militaire, est sacré champion de l'Occident. Les Nations Unies n'ont jamais enquêté sur les crimes de Saddam Hussein car il était impossible de violer les principe de souveraineté et de non-ingérence dans les affaires intérieures d'un État. Aucune aide internationale ne vint soutenir les victimes kurdes des gazages et de la politique d'extermination.
La guerre Iran-Irak (1980-1988)
En septembre 1980, Saddam Hussein lance son armée contre l'Iran des mollahs, pour la conquête de trois objectifs :
- occuper la totalité du Chatt-el-Arab (delta du Tigre et de l'Euphrate), le « fleuve des Arabes », qu'il avait dû partager avec l'Iran, par le traité de 1975 ;
- faire du Khalidj al-Farsi, le Golfe persique, le Khalidj al-Arabi, le Golfe arabique, en chassant définitivement les Iraniens des îlots qui contrôlent l'accès au détroit d'Ormuz.
- s'emparer de la province pétrolifère du Khouzistan, nommé par les nationalistes arabes, l'Arabistan.
Jusqu'en 1988, les deux pays sont plongés dans une guerre longue et sanglante et finalement sans beaucoup de résultats. Car sur tous ses objectifs, Saddam Hussein connaît un échec relatif, malgré l'aide massive apportée par l'Union Soviétique, la France et les émirats arabes, qui redoutent avant toute chose la victoire iranienne, et donc des chiites, alors que Saddam Hussein est sunnite. Au terme de huit années de guerre, l'Irak réussit à prendre pied sur la rive iranienne du Chatt-el-Arab, mais au prix d'un million de morts, de sa jeunesse sacrifiée. Durant ce conflit, l'Irak utilisa massivement et systématiquement des gaz lacrymogènes (1982), puis des vésicants et des neurotoxiques à partir de 1983.
Le massacre des Kurdes et la déportation
Le régime est l'auteur du massacre de plusieurs milliers de Kurdes (certaines estimations avancent le chiffre d'un million de morts), essentiellement dans le nord du pays. Dès 1963, la population kurde est persécutée et massacrée : 4 500 villages sont détruits, des mines antipersonnel sont dispersées dans la région et les terres agricoles sont dévastées. Pendant la guerre contre l'Iran, les Kurdes sont accusés d'être des "traîtres à l'Irak" et des "saboteurs", ce qui justifie le lancement de l'opération de l'Anfal. Pour la première fois dans l'Histoire, un gouvernement retourne ses armes de destruction massive (agents chimiques) contre sa propre population.
Elle aboutit à la disparition d'environ 100 000 personnes si l'on en croit les affirmations du cousin de Saddam Hussein, Ali Hassan al-Majid, surnommé "Ali le Chimique". Certaines associations de lutte pour les Droits de l'Homme parlent de "génocide". Le 16 mars 1988, 5 000 Kurdes meurent dans la ville de Halabja et les bombardements provoquent 30 à 40 000 contaminations. La coalition américano-britannique a trouvé 259 charniers (288 fosses en 2005) contenant quelque 300 000 corps de personnes exécutées par le régime baassiste. Le 13 décembre 2004 a été découverte une fosse contenant près de 500 cadavres, dont ceux de femmes et d'enfants, dans les environs de Souleimaniye.
À la suite de l'utilisation d'armes chimiques, deux millions de civils terrorisés, majoritairement kurdes, mais aussi arabes chiites et assyro-chaldéens, s'enfuient au printemps 1991 vers les pays voisins de l'Irak. Saddam Hussein réussit à vider ces régions et à les soumettre à sa dictature. Des milliers d'individus considérés comme "de sang impur" sont déportés, torturés ou massacrés à la frontière avec la Turquie et dans tout le pays.
L'Invasion du Koweït et la guerre du Golfe (1990-1991)
En 1990, il décide l'invasion du Koweït. Les États-Unis et leurs alliés affichent alors leur opposition à cette annexion. L'ONU approuve la guerre du Golfe (1990-1991), qui se termine par une défaite de l'Irak. Cependant, les forces de la coalition préfèrent contenir le régime irakien, plutôt que de risquer de déstabiliser la région; ainsi, Saddam Hussein reste au pouvoir.
Sous embargo international (1991-2003)
Un blocus économique est mis en place pendant douze ans, mais il échoua à renverser Saddam Hussein. Ce blocus aurait provoqué en douze ans la mort de 500 000 à 1 million d’enfants, selon les Nations unies.
Saddam Hussein mate les rébellions dans le sang et les gaz de combat, notamment l'insurrection des chiites dans le sud, sous les yeux des forces internationales qui refusent d'intervenir.
Il conserve le pouvoir sur son peuple, mais le pays reste contrôlé par les forces de la coalition et l'ONU. Seul le Kurdistan irakien, dans la partie nord du pays, échappe à sa surveillance grâce à l'action militaire des États-Unis en faveur des rebelles.
La chute (2003)
Le 20 mars 2003, les États-Unis et leurs alliés (principalement le Royaume-Uni) attaquent l'Irak et le régime de Saddam Hussein et le renversent lors d'une guerre éclair (mars-avril 2003).
Les motifs invoqués de cette occupation du pays, qui n'a pas eu l'aval de l'ONU, sont la détention par l'Iraq d'armes de destruction massive. Pour d'autres, la reconstruction d'un Moyen-Orient cultivant "la démocratie" au lieu de la tyrannie (voir Liens entre l'Irak et le terrorisme). Pour d'autres encore, les intérêts financiers de l'industrie pétrolière américaine en général et de la famille Bush en particulier ne sont probablement pas étrangers à cette invasion. Certains affirment que le président Bush fils aurait promis à son père de terminer le travail qu'il avait commencé mais pas terminé. Néanmoins, aucune preuve ne vient corroborer ces hypothèses.
La chute de Bagdad, le 9 avril 2003, marque la fin officielle du régime de Saddam Hussein et sa fuite. Après plusieurs mois passés dans la clandestinité, Saddam Hussein est officiellement arrêté dans une cave par l'armée américaine à Tikrit dans la nuit du 13 au 14 décembre 2003.
Il est rapidement exhibé aux médias par l'armée américaine, avec pour objectif de saper le moral des groupes armés proches du parti Baas.
Le procès
L'ouverture de la phase préliminaire de son procès a eu lieu à Bagdad au début du mois de juillet 2004. C'est un tribunal d'exception, le Tribunal spécial irakien (TSI), qui le jugera pour génocide, crime contre l'humanité et crime de guerre, avec plusieurs autres membres importants du parti Baas.
1500 personnes dont 22 avocats principaux venant d'Irak, Jordanie, Libye, France, et États-Unis d'Amérique se sont proposés pour assurer la défense de Saddam Hussein. Jacques Vergès et Roland Dumas sont quelques-uns de ses nombreux avocats.
Le 7 juillet 2005, Ziad al-Khasawneh, le principal avocat de Saddam Hussein, démissionne, suite aux pressions des avocats américains, voulant l'empêcher de prendre position pour la résistance irakienne et contre l'invasion armée.
Le 8 août 2005, tous ses avocats sauf un irakien, Khalil al-Doulaïmi, sont récusés par la famille Hussein qui les accuse de s'être autoproclamés défendeurs de Saddam Hussein sans avoir été mandatés.
Le 4 septembre, le porte-parole du gouvernement irakien annonce que l'ouverture du procès aura lieu le 19 octobre. Soit juste après le référendum sur le projet de Constitution, prévu le 15 octobre.
Ce procès concernera dans un premier temps le massacre de 143 chiites du village de Doujaïl en 1982 ainsi que la destruction de propriétés et l'exil interne pendant 4 ans des habitants de cette ville. Plusieurs autres membres de l'ancien parti Baas seront également jugés :
- Taha Yassine Ramadan, ancien vice-président
- Barzan Ibrahim al-Hassan, ancien chef des renseignements
- Awad Ahmed al-Bandar, adjoint du chef de cabinet de Saddam Hussein
- Abdallah Kadhem Roueid, responsable local du parti Baas
- Mezhar Abdallah Roueid, responsable local du parti Baas
- Ali Daeh Ali, responsable local du parti Baas
- Mohammed Azzam al-Ali, responsable local du parti Baas
Le porte-parole du gouvernement a également déclaré que si Saddam Hussein était condamné à la peine de mort, la sentence pourrait être exécutée sans attendre son jugement pour d'autres actes d'accusations.
Le 19 octobre, Saddam Hussein défie le tribunal en ne reconnaissant pas son autorité et plaide non coupable pour le massacre de Doujaïl.
Les témoins programmés au procès, ayant trop peur d'être des témoins publics, ne sont pas venus à Bagdad. Le premier procès de Saddam Hussein est alors ajourné pour permettre d'entendre ces derniers dans des conditions de sécurité satisfaisante. La prochaine audience était prévue le 28 novembre, mais elle a été encore une fois reporté au 5 décembre. Le 6 décembre Saddam Hussein continue de perturber le procès.
Le 23 janvier, le juge Rizgar Amin démissionne, il est remplacé par Rauf Rashid Abd al-Rahman.
Voir aussi
- Sadjida Talfah, première femme de Saddam Hussein
- Samira Chahbandar, deuxième femme de Saddam Hussein
- Nidal al-Hamdani, troisième femme de Saddam Hussein
Bibliographie
- Saddam Hussein, un gaullisme arabe par Charles Saint-Prot, éd. Albin Michel, 1987, ISBN 2226139001
- Notre allié Saddam par Angeli et Mesnier, éd. Orban Olivier, 1992, ISBN 2855656583
- Saddam Hussein par Mylroie et Miller, éd. Presses de la Cité, 1993, ISBN 2258033691
- L'énigme Saddam - Enquête explosive au cœur du système irakien par Andrew Cockburn et Patrick Cockburn, éd. First, 1999, ISBN 2876914468
- Quand l'Irak entra en guerre, la Qadissiyah de Saddam par Jean-Michel Cadiot, éd. L'Harmattan, 2000, ISBN 2738401295
- Les années Saddam par Abdul Majid Saman, éd. Fayard, 2003, ISBN 2213617511
- Dans l'ombre de Saddam, Les révélations inimaginables de son chef du protocole par Haitam Rashid Wihaib,, Michel Laffon, 2004,ISBN 2749900158
- Le Livre noir de Saddam Hussein, préface de Bernard Kouchner, sous la direction de Chris Kutschera, éd. Oh! éditions, 2005, Paris, ISBN 2915056269. Ce livre ecrit par 23 auteurs internationaux (avocats, sociologues, professeurs de droit, professeurs de sciences politiques, économistes, journalistes, magistrats, députés, médecins, archéologues et victimes de Saddam Hussein, fait le bilan des crimes contre l'humanité commis par le dictateur au cours de ses trente-cinq ans de pouvoir. Il est divisé en sept parties : un régime contre son peuple ; la répression des chiites ; le génocide des Kurdes ; les guerres d'Iran et du Koweït ; les réseaux pro-irakiens ; le bilan des trente-cinq ans de dictature ; quelle justice pour Saddam Hussein.


